Réponse du Comité des Ministres à la recommandation 1466 (2000) de l’Assemblee Parlementaire du Conseil de l’Europe, avril 2001

Doc. 9026/10 avril 2001/Education aux médias

Réponse du Comité des Ministres adoptée à la 748e réunion des Délégués des Ministres (3 avril 2001)

Le Comité des Ministres a examiné avec beaucoup d’attention la Recommandation 1466 (2000) de l’Assemblée parlementaire concernant l’éducation aux médias. Le Comité des Ministres est conscient des problèmes spécifiques liés à l’utilisation des nouvelles technologies. Il convient qu’il s’agit effectivement d’un problème extrêmement grave et complexe. En particulier, il souscrit totalement au point de vue exprimé par l’Assemblée au paragraphe 9 de la Recommandation quant au rôle de l’éducation aux médias dans l’exercice du droit à la liberté d’expression et à l’information et dans la participation des individus à la vie démocratique.

Dans la mesure où la Recommandation porte simultanément sur les médias et sur l’éducation, le Comité des Ministres a sollicité l’avis de ces deux comités spécialisés, le Comité de l’éducation et le Comité directeur sur les moyens de communication de masse. Ces avis sont joints en annexe à la présente réponse.

S’agissant du secteur éducatif du Conseil de l’Europe, le Comité de l’éducation s’est efforcé de traiter ce problème dans plusieurs de ses propres projets (voir ci-dessous), conformément au point 13.i de la Recommandation.

Dans le cadre du projet sur les « Stratégies éducatives pour la cohésion sociale et la sécurité démocratique », un symposium a été organisé à Jurmala (Lettonie) du 8 au 10 juillet 1999 sur « Les technologies de l’information à l’école : raisons et stratégies pour un investissement ». Le compte rendu du symposium a été publié. Cette question spécifique est l’un des thèmes de la Recommandation 1437 (1999) de l’Assemblée parlementaire concernant l’éducation non formelle, à laquelle le Comité des Ministres a répondu, renvoyant également, en particulier, à ce projet.

Dans le cadre du projet « Apprendre et enseigner l’histoire de l’Europe du 20e siècle » ont été organisés un symposium, en Andorre, du 25 au 27 mars 1999, sur « Les défis des technologies de l’information et de la communication », ainsi que plusieurs séminaires européens de formation d’enseignants sur ce thème.

Le projet « Education à la citoyenneté démocratique » et le Programme pour la formation continue du personnel éducatif ont mis en relief le rôle déterminant de la formation de base et de la formation continue des enseignants dans ce domaine.

Eu égard au point 13.ii de la Recommandation, le Comité des Ministres estime que l’éducation aux médias doit être prise en compte tout au long du processus éducatif et qu’elle concerne tous les secteurs de l’éducation. Le Comité de l’éducation prévoit de mettre en œuvre, comme le recommande le point 13.iv, une approche européenne intégrée de l’éducation aux médias, éventuellement  en collaboration avec le secteur des médias du Conseil de l’Europe, et de déterminer s’il est possible de créer un bureau international pour l’éducation aux médias.

Concernant le point 13.iii, le Comité de l’éducation envisage un examen approfondi des pratiques en vigueur dans le domaine de l’éducation aux médias dans les Etats membres du Conseil de la coopération culturelle, dans le cadre de son nouveau projet « Apprendre et enseigner dans la société de la communication », qui sera mis en œuvre conjointement avec le Comité de l’enseignement supérieur et de la recherche à partir de 2001.

S’agissant du secteur des médias du Conseil de l’Europe, l’éducation aux médias, identifiée comme une question primordiale dans les textes adoptés lors de la 5e Conférence ministérielle européenne sur la politique des communications de masse (Thessalonique, décembre 1997), constitue désormais une condition indispensable à l’accès des individus à tous les types de connaissances, notamment à l’éducation et à la formation. Il convient donc de souligner qu’un élément fondamental complète l’éducation aux médias : il s’agit de l’alphabétisation aux médias, à savoir l’aptitude des individus à accéder aux informations et à les distribuer en recourant à des moyens de communication. Cette alphabétisation, d’une importance particulière dans le contexte des nouveaux services de communication et d’information, nécessite une mise à jour régulière des programmes de formation pour éviter tout retard par rapport aux progrès techniques réalisés dans ce secteur.

En conséquence, le Comité des Ministres réaffirme l’importance de cette question, eu égard, en particulier, à la cohésion, à la stabilité et au développement économique de la Grande Europe, tout en signalant que de nombreux Etats membres ont déjà pris des mesures pour promouvoir l’éducation aux médias, parallèlement aux initiatives prises dans le même but au sein d’autres organisations internationales telles que l’Union européenne. C’est pourquoi la Recommandation R (99) 14 sur le service universel communautaire relatif aux nouveaux services de communication et d’information, que le Comité des Ministres a adoptée en s’appuyant sur les travaux accomplis par son Comité directeur sur les moyens de communication de masse (CDMM) à la suite de la Conférence ministérielle de Thessalonique, invitait les Etats membres à prendre des mesures pour favoriser l’éducation aux médias.

De même, la Déclaration relative à une politique européenne pour les nouvelles technologies de l’information, adoptée par le Comité des Ministres lors de sa 104e session (Budapest, mai 1999), soulignait l’importance toute particulière de l’éducation aux médias en consacrant une section entière aux mesures que les gouvernements des Etats membres devraient prendre pour favoriser la maîtrise des nouvelles technologies de l’information, et en particulier pour « permettre aux individus d’utiliser ces technologies de manière active, en faisant preuve de sens critique et de discernement ».

Le Comité des Ministres continuera à prêter attention au problème de l’éducation aux médias et en tiendra également compte lors de l’élaboration de son programme d’activités pour 2002.

Annexe I

Avis du Comité de l’Education sur la Recommandation 1466 (2000) de l’Assemblée parlementaire sur l’éducation aux médias

1.         Le Comité de l’Education se félicite de la Recommandation de l’Assemblée parlementaire sur l’éducation aux médias. Cette initiative répond aux préoccupations qui sont également celles du Comité de l’Education depuis un certain temps et qui se traduit en pratique dans certains de ses projets.

2.         Le Comité de l’Education partage l’avis de l’Assemblée parlementaire pour ce qui est de l’analyse de la situation nouvelle créée par l’avènement de la société de l’information qui fait apparaître de nouveaux défis, tant pour les adultes que pour les jeunes.

3.         Le Comité de l’Education a pris conscience très tôt des problèmes spécifiques liés à l’utilisation des nouvelles technologies dans l’enseignement et qui relèvent de son domaine de compétence propre.

4.         Dans le cadre du Projet « Stratégies éducatives pour la cohésion sociale et la sécurité démocratique », un symposium s’est tenu à Jurmala (Lettonie) du 8 au 10 juillet 1999 sur les « technologies de l’information à l’école : raisons et stratégies pour un investissement » dont le rapport a été publié.

5.         Le Projet « Apprendre et enseigner l’histoire de l’Europe du 20ème siècle » a consacré un symposium en Andorre du 25 au 27 mars 1999 aux « défis des technologies de l’information et de la communication » ainsi que plusieurs séminaires européens de formation d’enseignants à ce thème et les différents rapports sont disponibles.

6.         Le rôle déterminant de la formation initiale et continue des enseignants doit être souligné ainsi que le fait que l’utilisation des nouvelles technologies doit faire partie intégrante de ces formations.

Ce thème a également été abordé dans le Projet « Education à la Citoyenneté démocratique » lors de séminaires et dans le cadre du Programme de formation continue du personnel éducatif.

7.         Le Comité de l’Education ne peut que partager l’avis de l’Assemblée quant à l’importance d’une éducation aux médias dans le cadre d’un apprentissage tout au long de la vie.

8.         Quant aux recommandations de l’Assemblée parlementaire figurant au paragraphe 13 :

i.          Le Comité de l’Education partage entièrement l’avis de l’Assemblée pour considérer l’éducation aux médias comme un secteur privilégié pour les organes de l’Organisation  dans les domaines de l’éducation à la citoyenneté démocratique, des nouvelles technologies de l’information et de l’éducation non formelle ; le Comité de l’Education a  donné un avis sur la Recommandation 1437 (2000) relative à l’éducation non formelle lors de sa précédente réunion.

ii.         Quant au point 13.ii., le Comité considère en effet que l’éducation aux médias revêt une importance telle et incontournable qu’elle doit faire l’objet d’une prise en compte dans l’ensemble du processus éducatif et toucher tous les secteurs de l’éducation.

iii.         Quant au point 13.iii., le Comité se propose effectivement d’examiner les pratiques en vigueur dans le domaine de l’éducation aux médias dans les Etats membres du Conseil de la Coopération culturelle, et ce à travers le nouveau projet « Apprendre et enseigner dans la société de communication » qui sera mis en œuvre conjointement avec le Comité de l’Enseignement supérieur et de la Recherche à partir de 2001.

iv.        Le Comité se propose bien évidemment, dans le cadre de la mise en œuvre du nouveau projet, de mettre en œuvre, tel que préconisé par le point 13.iv., une approche européenne intégrée de l’éducation aux médias, et d’examiner la faisabilité de la création d’un bureau international pour l’éducation aux médias.


Annexe II

Avis du CDMM sur la Recommandation 1466 (2000)

de l’Assemblée Parlementaire

1.         Le CDMM partage totalement l’analyse de l’Assemblée Parlementaire en ce qui concerne l’importance de l’éducation aux médias dans le contexte du développement des nouveaux services de communication et d’information et de ce qu’on l’on appelle plus généralement la Société de l’Information. En particulier, le CDMM ne peut que souscrire au point de vue exprimé par l’Assemblée au paragraphe 9 de la Recommandation quant au rôle de l’éducation aux médias dans l’exercice du droit à la liberté d’expression et d’information et dans la participation des individus à la vie démocratique.

2.         Le CDMM rappelle à cet égard que l’éducation aux médias avait été identifiée comme une question de première importance dans les textes adoptés lors de la 5e Conférence ministérielle européenne sur la politique des communications de masse (Thessalonique, décembre 1997), étant donné en particulier qu’elle est un préalable à l’accès de tous les individus aux possibilités offertes par les nouveaux services précités, en particulier en terme de culture, d’éducation et de formation.

3.         De ce fait, l’éducation aux médias constitue un élément de premier plan au regard de l’objectif de cohésion sociale dont les Chefs d’Etat et de Gouvernement du Conseil de l’Europe ont souligné l’importance dans la Déclaration qu’ils ont adoptée à l’occasion de leur 2e Sommet (Strasbourg, octobre 1997).

4.         C’est dans le même esprit et au regard de ce même objectif que la Recommandation n° R (99) 14 sur le service universel communautaire adoptée par le Comité des Ministres sur la base des travaux effectués par le CDMM après la Conférence ministérielle de Thessalonique a déjà invité les Etats membres à prendre des dispositions pour promouvoir l’éducation aux médias.

5.         De même, la Déclaration relative à une politique européenne pour les nouvelles technologies de l’information adoptée par le Comité des Ministres lors de sa 104e Session (Budapest, mai 1999) a mis en exergue l’importance toute particulière de l’éducation aux médias en consacrant un chapitre entier aux mesures que les gouvernements des Etats membres devraient prendre pour favoriser la maîtrise des nouvelles technologies de l’information, et notamment «permettre aux individus d’utiliser ces technologies de manière active, en faisant preuve de sens critique et de discernement»

6.         Le CDMM souhaiterait souligner qu’un élément complémentaire important de l’éducation aux médias, au sens entendu au paragraphe précédent, est l’alphabétisation aux médias, entendue comme l’apprentissage des individus à avoir accès à l’information et à diffuser l’information via les moyens de communication. Cette alphabétisation, particulièrement importante dans le cadre des nouveaux services de communication et d’information, nécessite de mettre à jour constamment les programmes d’enseignement afin de tenir compte des développements technologiques.

7.         Le CDMM ne peut donc que souligner à nouveau l’importance de cette question, en particulier du point de vue de la cohésion, de la stabilité et du développement économique de la Grande Europe, tout en rappelant que nombre d’Etats membres ont déjà pris des initiatives pour promouvoir l’éducation aux médias, sans compter les actions entreprises dans le même sens dans le cadre d’autres enceintes internationales comme l’Union Européenne.

8.         Cela étant, à la lumière de l’exercice en cours de prioritisation des activités du Conseil de l’Europe, il appartient au Comité des Ministres de décider si l’éducation aux médias devrait ou non faire partie des domaines d’action privilégiés de l’Organisation au cours des années à venir.

9.         Dans le cas où le Comité des Ministres viendrait à faire de l’éducation aux médias un domaine d’intervention prioritaire du Conseil de l’Europe, le CDMM est disposé à apporter sa contribution à un effort plus vaste impliquant les différents secteurs de l’Organisation concernés. Cette contribution du CDMM pourrait se concentrer, comme indiqué dans le paragraphe 12 de la Recommandation de l’Assemblée, sur le rôle que les médias peuvent jouer pour promouvoir l’éducation aux médias.

10.       Comme le souligne à juste titre le paragraphe 13 ii de la Recommandation de l’Assemblée, cette éventuelle contribution devrait s’inscrire dans une approche coordonnée et intersectorielle impliquant d’autres instances comme le Comité de l’Education, que le Comité des Ministres a également décidé de consulter.

11.       Sur ce point, le CDMM souhaite attirer l’attention du Comité des Ministres sur le fait que, lors de sa 54e réunion (17-20 octobre 2000), il a tenu un échange de vues avec le Secrétaire du Comité de l’Education en vue précisément d’essayer d’établir une telle approche. Cet échange de vues a permis d’ébaucher des pistes d’action possibles qui, sous réserve à nouveau que le Comité des Ministres fasse de l’éducation aux médias une priorité, pourraient être explorées plus avant dans les mois à venir, avant de soumettre des conclusions et d’éventuelles propositions d’actions au Comité des Ministres. La proposition de l’Assemblée de promouvoir une approche européenne intégrée de l’éducation aux médias –  en créant éventuellement un bureau international pour l’éducation aux médias – pourrait être étudiée dans ce contexte.

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