Contribution au LIVRE VERT de la COMMISSION EUROPEENNE, juillet 1994

POLITIQUE AUDIOVISUELLE, Options stratégiques pour le renforcement de l’industrie des programmes et le DEVELOPPEMENT DE LA CULTURE ET DE L’EDUCATION AUDIOVISUELLE

L’Association Européenne pour l’Education aux Médias Audiovisuels (AEEMA asbli) a présenté un document préparatoire à la Conférence Européenne de l’Audiovisuel qui s’est déroulé les 30 juin, 1 et 2 juillet 1994 à Bruxelles.

Audition thématique Thème 2: « Dimension culturelle de l’audiovisuel; perspective pan-européenne »

DOCUMENT DE SYNTHESE

Ce document a été préparé par un comité d’experts réuni à l’initiative du Bureau de l’AEEMA et sous la direction de monsieur Didier Schretter, président de l’AEEMA:

  • Monsieur Wolfgang Blüm, Chargé de mission pour l’éducation aux médias audiovisuels pour la Rhénanie Palatinat à  Coblence, Allemagne.
  • Monsieur Christiaan Colpaert, Président de la Chambre Européenne de Concertation pour la Culture et représentant de l’AEEMA auprès du Conseil de l’Europe.
  • Monsieur Christian Gautelier, Directeur du département nouvelles technologies des CEMEA à Paris, France.
  • Madame Suzanne Krucsay, Chargée de Mission auprès du Ministère de la Culture et de l’Education à Vienne, Autriche
  • Monsieur Len Masterman, Expert indépendant de l’éducation aux médias en Europe, expert auprès du Conseil de l’Europe.
  • Monsieur Daniel Remacle, Administrateur de Premières Séances asbl à Bruxelles, Communauté Française de Belgique.
  • Monsieur Peter Schaapman, Directeur du projet « Face to Face », Migranten Media Opleidingen à Amsterdam, Pays-Bas.
  • Monsieur René Schnorf, Directeur du Centre d’Initiation aux Communications de Masse à Lausanne, Suisse.
  • Monsieur Ian Wall, Directeur de Film Education à Londres, Grande Bretagne.

 

EN GUISE D’INTRODUCTION ET POUR MEMOIRE

Patronnée par la Commission Européenne et le Conseil de l’Europe, labellisée par EUREKA AUDIOVISUEL, l’Association Européenne pour l’Education aux Médias Audiovisuels (AEEMA) a été créée en 1989[1]. Son objectif est d’offrir une coordination européenne et de développer les échanges d’information et de projets entre professionnels.

Oeuvrant au niveau national ou régional dans tous les pays de l’Union Européenne et au sein des pays candidats, les institutions, les organisations, les associations et les experts constituent les acteurs de ce réseau européen. La majorité des membres développent du matériel pédagogique et sont producteurs et/ou distributeurs de leurs produits.

Le langage audiovisuel, clé de compréhension de la culture audiovisuelle, est au centre de nos activités. Nous nous attachons à promouvoir une meilleure compréhension des mécanismes de la production audiovisuelle, des processus de création et des aspects économiques de l’audiovisuel. De même nous développons la sensibilisation aux nouvelles technologies de communication et l’étude des références culturelles véhiculées à travers l’ensemble des médias audiovisuels.

Le but des éducateurs aux médias audiovisuels n’est pas de former les professionnels de l’audiovisuel, mais  de préparer, éventuellement, des jeunes aux métiers de l’image et du son de demain. Avant tout les éducateurs aux médias  prennent en charge l’éducation de l’ensemble de l’audience potentielle de l’industrie audiovisuelle. A travers l’apprentissage du langage audiovisuel, c’est l’ensemble de la communication audiovisuelle qui est promue.

Vu sous cet angle le rôle de l’éducation dans le développement de l’audiovisuel européen n’est pas à négliger. Si l’industrie européenne se permet l’économie de nos compétences pédagogiques et professionnelles, elle prend aussi le risque de fausser son expertise.

Nous avons malheureusement tous constaté que le public est le grand absent du LIVRE VERT.

L’étude approfondie du comportement d’un public européen mieux formé à l’audiovisuel, comme élément du développement d’un marché solide et durable, est également absente.

Il ne s’agit pas seulement de former un public plus « critique », mais principalement de préparer le citoyen à la communication audiovisuelle, de le rendre apte à réagir en souplesse aux évolutions rapides des nouvelles technologies, capable de dissocier les avantages des technologies de communication et finalement à le rendre plus sensible aux productions audiovisuelles.

Depuis sa création l’AEEMA a toujours insisté auprès de la Commission pour développer ou stimuler avec son soutien au niveau de l’Union Européenne:

1.   L’introduction des nouvelles technologies.

2.   Le développement du software grand public.

3.   L’  éducation à l’audiovisuel des jeunes et des adultes.

4.   La mise sur pied de réseaux de distribution transfrontaliers pour les produits éducatifs spécialisés.

5.   La promotion, le soutien et le développement de l’industrie cinématographique par l’éducation au cinéma.

6.   La contribution de l’éducation aux médias à l’intégration européenne.

7.   La constitution d’une banque de données spécialisée.

8.   Des projets et actions à dimension européenne.

Depuis 1992 l’AEEMA n’a plus obtenu d’aides de la Commission de l’Union Européenne. S’il est vrai qu’au niveau européen nos moyens financiers restent restreints, il en va parfois autrement au niveau national. Dans nos membres on retrouve des organismes avec des budgets de fonctionnement importants. Par contre, dépendant directement des aides gouvernementales ou parfois même de l’industrie, les budgets sont en priorité (si pas exclusivement) affectés à des actions limitées au niveau national,  fédéral ou régional.

La récession économique qui affecte gravement  les secteurs de l’éducation et de la culture en Europe  ne nous épargne pas. L’éducation aux médias audiovisuels ne se retrouve pas dans les programmes des gouvernements. Les centres où se développe l’éducation aux médias sont fragilisés et souvent menacés de disparition. D’ailleurs plusieurs centres en Europe ont déjà fermé leurs portes ou perdu une partie importante de leurs moyens financiers au cours des trois dernières années.

Dans ce contexte , il devient difficile d’espérer que « les  systèmes éducatifs européens se décident à considérer sérieusement le potentiel de la technologie audiovisuelle comme outil d’enseignement » comme suggéré par le RAPPORT DE LA CELLULE DE REFLEXION (page 82 point h).

Dans son introduction aux actes du colloque international « La télévision: un outil pédagogique pour les jeunes européens », organisé en novembre 1993 à Bruxelles, Raymonde DURY, Députée européenne, relève que « le lien entre les jeunes et l’espace audiovisuel européen n’est pas encore suffisamment pris en compte dans les programmes de la Communauté.  » …  « Ainsi dans le programme MEDIA – mesures pour encourager le développement de l’industrie audiovisuelle – une division est consacrée à la formation des jeunes qui veulent devenir des professionnels du cinéma et de la télévision.  Le but de MEDIA est de développer d’authentiques coproductions européennes. Mais la volonté de lier l’audiovisuel et l’éducation n’y apparaît pas encore suffisamment et mériterait d’être considérablement développée. La Commission estime qu’un MEDIA2, au-delà de 1995, devra s’inscrire dans une réflexion très large sur l’état de l’audiovisuel et de ses développements menée avec l’ensemble des professionnels. Cet état de l’audiovisuel ne pourra plus ignorer son lien avec l’école [2] »

Ceci dit, quand bien même la télévision nous semble avoir un rôle important à jouer dans l’éducation des jeunes, nous sommes d’avis que c’est dans des institutions extérieures à la télévision (écoles, associations, ect) que l’éducation aux médias doit trouver son assise et son inspiration.

Le traité de Maastricht dans le paragraphe 4 de son art. 128 et dans le 4ème tiret du paragraphe 2 offre à l’Union Européenne les moyens de mettre en oeuvre les aspects à caractère plus culturel de l’industrie audiovisuelle.

En conclusion nous regrettons, à ce stade, de ne pas avoir été associés à l’élaboration du Livre Vert par la Commission Européenne. Ceci aurait permis de développer plus en profondeur la réflexion sur le rôle que pourrait tenir l’éducation dans la construction d’une industrie audiovisuelle européenne.

AXES DES REFLEXIONS

DES REPONSES AU LIVRE VERT SUR L’AVENIR

DE L’INDUSTRIE AUDIOVISUELLE EUROPEENNE

D’après le  LIVRE VERT, l’échec des tentatives de l’industrie audiovisuelle en Europe de développer son succès économique et populaire dans les pays de l’Union Européenne est principalement dû à deux phénomènes:

a)         le manque d’attrait des produits eux-mêmes.

b)         la structure des réseaux de distribution en Europe, qui ne permet pas au produits         européens d’être diffusés de la même façon que les productions américaines.

L’attitude du public vis-à-vis des productions européennes est soit un refus, soit un désintérêt complet. Nous pensons que ces  réactions s’expliquent en partie par le manque d’expérience du public face aux produits européens. Le (jeune) public élevé avec les contenus et les styles des produits américains développe un préjugé face à la production européenne.

Le public manque souvent des connaissances pour se fixer une attitude vis-à-vis du produit et pour comprendre les constructions de la culture et des textes des produits européens. Le pouvoir de la machine médiatique américaine fait que pour la plupart d’entre nous nos attitudes face aux médias audiovisuels ne sont pas formées à partir d’un point de vue européen. Le phénomène est particulièrement évident chez les jeunes.

Les producteurs européens devront répondre rapidement à un double défi: répondre aux demandes du public et en même temps, plus important encore, créer de nouvelles audiences pour leurs produits.

C’est ici que l’éducation aux médias trouve son rôle vital.

Avec l’introduction de l’éducation aux médias dans les écoles et les collèges, les étudiants peuvent faire la connaissance des productions européennes dans une atmosphère détendue mais balisée. Les réticences qu’éprouvent beaucoup de jeunes vis à vis du produit européen doivent être vaincues.

Nous avons été très déçus de lire dans le document DE LA CELLULE DE REFLEXION que les experts ont déjà abandonné l’espace audiovisuel aux Américains et qu’ils considèrent l’éducation essentiellement comme un marché potentiel pour de nouvelles technologies telles que le CD ROM.

Il est impossible de faire marche arrière et de défendre aux publics de  voir des produits américains, en instaurant des systèmes de quotas par exemple. Cependant, il est possible de former des audiences pour l’avenir, des consommateurs de films et de programmes de télévisions européens, par le système d’éducation en renforçant le profil de l’éducation aux médias au sein des systèmes d’éducation à travers l’Union Européenne.

En tant que membres de l’AEEMA, nous sommes pleinement conscients de l’état de l’éducation aux médias à travers l’Europe. Dans certains pays, cette éducation a tendance à bien se développer, tandis que  dans d’autres, elle est encore au stade des prémices.

Cette situation doit changer, de telle façon qu’à travers l’Europe et au delà, des programmes d’éducation aux médias soient développés dans toutes les écoles et universités.

Un curriculum scolaire commun en matière d’éducation aux médias doit être inscrit au programme des élèves. De cette façon, ils seront en mesure de se reconnaître dans la culture audiovisuelle qui les entoure.

De la même façon qu’un professeur de littérature essaie d’étendre les horizons de ses étudiants, ainsi que leurs connaissances du langage écrit, l’éducation aux médias joue un rôle semblable, mais dans le domaine des médias audiovisuels. Il s’agit donc aussi de promouvoir positivement la culture par le biais du langage.

Si les industries audiovisuelles européennes veulent survivre au début du 21ème siècle, les efforts pour développer une audience constante et durable pour cette époque, doivent commencer dès maintenant. Les étudiants et élèves des écoles en Europe doivent se forger une expérience avec des produits de cette industrie, et tout d’abord avoir l’occasion de voir les produits européens.

Il faut s’assurer que les produits audiovisuels européens  ne se retrouveront pas dans un ghetto « d’art et essai », en apparaissant uniquement aux heures de basse audiences à la télévision. Les producteurs, les distributeurs et les diffuseurs ont la charge de prouver eux mêmes que le produit européen sait aussi combiner le plaisir et la culture. Si les systèmes éducatifs ont la possibilité de former les publics de demain, ce sera à l’industrie de relever ce défi.

L’EDUCATION ET LE SOUTIEN A L’INDUSTRIE DU FILM EUROPEEN

( A partir de l’exemple britannique)

Dans cet esprit, l’expérience britannique de développer des audiences pour l’avenir, alors que pour l’instant elles s’orientent vers des films américains, ouvre des possibilités de soutenir l’industrie du film européen.

L’expérience en Grande-Bretagne émane d’activités qui amènent les enseignants  à faire usage du film dans leurs classes et  en considérant le cinéma comme une extension de la classe.

Pour réaliser ceci, des cahiers pédagogiques sur des oeuvres cinématographiques ont été préparés et envoyés gratuitement aux écoles. En outre, nous avons préparé des documents plus génériques  sur le film et le cinéma qui  contextualisent le matériel d’étude à employer avec leurs étudiants,  et soutiennent  les professeurs en développant des unités du curriculum scolaire .

Les matériaux développés ont tous été écrits par des enseignants et correspondent aux besoins généralement admis.

Ce  processus a été mis en oeuvre en Grande-Bretagne depuis dix ans. Ces activités ont  maintenant  une dimension européenne par le soutien de l’initiative Media Salles (partie du Media Programme).

Travaillant avec des étudiants, nous avons  constaté deux attitudes récurrentes dans leurs réactions aux films européens :

a) Bien qu’ils n’aient jamais vu de film européen, ils présupposaient  qu’ils ne l’aimeraient pas. Ils  connaissaient très peu du film avant sa projection et ils étaient donc incapables de se faire une opinion préalable..

b) Ils avaient souvent l’impression d’aller au cinéma « artistique » – ce  qui  n’était pas dans les limites de leur expérience normale et ils se sentaient aliénés face à l’expérience possible.

Cependant, lorsqu’ils voyaient des films européens à l’écran dans un cinéma commercial en tant qu’événement d’éducation au film, leur réponse s’est toujours avérée positive et les étudiants exprimaient le désir d’en voir davantage.

C’est ainsi qu’est né  notre projet CINECOLE . Deux phases sont en cours de réalisation.

Nous avons préparé des documents pour l’enseignement dans nos pays partenaires qui développent l’éducation au cinéma dans les écoles.

Jusqu’à présent, le Danemark,  la Norvège, le Portugal, la France et la Suède ont accepté de participer au projet et nous espérons que d’autres pays nous rejoindront bientôt. Le gouvernement finlandais est intéressé par le développement d’un projet de grande envergure et a demandé à Film Education d’agir en tant que conseiller.

La deuxième phase du projet, en développement pour l’instant, sera la projection de films européens dans toutes les écoles britanniques. Ils s’adresseront tout  spécialement à des élèves âgés de 14 à 18 ans. Tous les films sélectionnés seront repris dans le curriculum de l’école et soutenus par des cahiers pédagogiques.

Il s’agit d’un projet pilote. S’il a du succès, il sera repris par d’autres pays européens.

Ces deux activités sont entièrement financées par Media Salles et le Cinema Exhibitors Association of Great Britain.

L’expansion continuelle de nos propres activités en Grande-Bretagne et la recherche d’écoles signifie que nous avons maintenant plus de 7.000 professeurs d’élèves âgés de 14 à 18 ans impliqués dans le projet. Ceci représente une audience potentielle de près de 2 millions de jeunes gens en Angleterre.

LA SITUATION DANS L’ENSEIGNEMENT ( A partir de l’exemple autrichien)

« Le secteur audiovisuel est l’instrument culturel le plus puissant de notre siècle » (RAPPORT DE LA CELLULE DE REFLEXION, p. 41).

Pourrait-on espérer une meilleure introduction au rôle des médias audiovisuels en général, à l’éducation des médias en particulier, que cette phrase émanant des conclusions de la Présidence? Soyons-en certains, la culture dans le contexte mentionné ci-dessus, réfère certainement aux productions de l’industrie audiovisuelle.

Cependant, la culture  doit être considérée dans son  contexte. Elle doit donc être placée dans un cadre  de communication.. Ainsi la culture a, à une extrémité la production, représentée ici par l’industrie audiovisuelle et à l’autre extrémité ceux qui la reçoivent.

Le développement d’une industrie audiovisuelle européenne doit être considéré comme allant de pair avec le développement d’une éducation audiovisuelle européenne.

Le terme « éducation audiovisuelle », tel qu’il est employé ici, dépasse de loin le but de l’éducation et  de l’enseignement des médias audiovisuels pour s’étendre à une approche interactive et individualisée de la nouvelle information et des technologies de communication.(LIVRE VERT, p.15, note 13)

L’éducation et l’enseignement des médias audiovisuels doivent permettre de passer du stade de consommateurs des médias à celui d’usager des médias, quel que soit le média employé. Telle est la base du décret « Education aux médias » qui est la base légale pour introduire et répandre l’éducation aux médias dans les écoles en Autriche.

L’éducation aux médias est un « principe didactique » repris dans le curriculum scolaire.

L’objectif principal est l’acquisition d’une « compétence communicative », c’est-à-dire l’emploi actif et autonome d’à peu près tous les médias (l’éducation aux médias trouve de fortes racines dans l’étude des communications).

Le prescrit légal est un instrument relativement utile pour débuter. Parmi d’autres, il garantit que les productions audiovisuelles puissent être introduites à l’école, les professeurs ne pouvant plus être empêchés par leur administration d’entreprendre et  d’organiser à l’école des projets relatifs aux médias.

Les textes légaux  ne peuvent se limiter à lever les obstacles, ils doivent impulser, encourager et promouvoir activement de nouvelles voies et perspectives du travail scolaire.

L’idée d’une approche par le curriculum scolaire est très attrayante. D’un point de vue théorique, c’est le seul moyen praticable d’enseigner les médias . La pratique révèle cependant un grand nombre de difficultés.

En premier lieu, le rôle du professeur, base de l’enseignement. A ce point de vue, la formation initiale tout comme la formation continuée sont loin d’avoir atteint les exigences élémentaires.

La formation initiale dans leurs branches spécifiques peut avoir été très bonne à l’université ou à l’école normale, cependant la formation dans les branches spécifiques ne développe que peu, si pas du tout, la conscience de l’existence et du fonctionnement de l’industrie audiovisuelle.

Les  ministères de l’Education et de la Culture dans divers pays de l’Union Européenne (et pays candidats à l’adhésion) sont en train d’essayer de promouvoir l’éducation aux médias, non seulement en créant la base légale, mais aussi en produisant du matériel pédagogique destiné à l’implanter dans l’enseignement.

Parmi les productions qui sont destinées aux professeurs, un nombre d’approches différentes pour enseigner les médias devrait encourager les professeurs à se servir de l’éducation aux médias.

A présent, un ajout aux curriculums des écoles normales des professeurs est en voie de préparation. Les sujets traditionnels y sont considérés dans un large spectre. Il semble particulièrement important ici que l’accent soit aussi mis sur les sujets qui ne sont pas nécessairement associés aux médias (la géographie, les mathématiques etc.).

Le groupe ciblé par cette mesure étant les formateurs des enseignants on peut en espérer un effet multiplicateur considérable.

(En Autriche une revue, publiée tous les quatre mois, appelée MEDIENIMPULSE, sert de plate-forme à tous les interlocuteurs intéressés au processus de mis en place).

Plusieurs séminaires de FORMATION apportent de  l’information  aux enseignants, s’efforcent de les sensibiliser et de renforcer chez eux la conscience de leurs habitudes personnelles face aux médias et à leur utilisation.

L’enseignement des médias audiovisuels est un objectif en soi. C’est uniquement en se servant de toutes les composantes d’une éducation effective aux médias, tels le travail à travers le curriculum scolaire, l’information (brochures, périodiques et autres), la formation initiale des enseignants, la formation continuée, l’interaction avec la production audiovisuelle qu’il sera possible de faire apparaître un usager plus conscient et autonome des médias, qui ne se contentera pas de tout ce qui lui est offert, mais qui formulera aussi ses demandes concernant la production audiovisuelle.

Ainsi la coopération entre tous les acteurs, l’école, les producteurs et le public se révélera fructueuse pour la  promotion des films européens ainsi que des productions télévisées.

Plus l’éducation aux médias audiovisuels sera performante en Europe, au plus forts seront les stimuli permettant de développer une industrie audiovisuelle européenne forte.

L’EDUCATION AUX MEDIAS ET LES FUTURS CREATEURS D’IMAGES ( A partir de l’exemple des Pays-Bas)

Les jeunes Européens des années nonante ont beaucoup de choses en tête,  mais la création et production audiovisuelle n’y figure pas encore. C’est aussi une des raisons des nombreuses carences de l’industrie des communications en Europe, notamment dans le domaine de la production audiovisuelle.

Peu d’Européens, âgés de 12 à 18 ans, sont impliqués directement dans la photographie, le cinéma ou la réalisation de programmes vidéos. Nous l’avons constaté à partir de nos nombreuses expériences et projets.

La production d’images amateur qui, jusqu’à il y a peu, alimentait encore la communication audiovisuelle est en train de disparaître, alors que la plupart des associations de film 8 mm et super-8 et les clubs de photographie ont déjà disparu.

Paradoxalement, les classes des écoles secondaires en Europe n’attachent que peu ou pas d’importance à cette production amateur du son et de l’image, bien que beaucoup d’écoles disposent de l’équipement requis.

Trop nombreux sont les ministères de l’éducation en Europe qui ne reconnaissent pas encore suffisamment (ou ne veulent pas financer) les curriculums scolaires « audiovisuels ». Pourtant certaines écoles, généralement celles d’un niveau supérieur à la moyenne, tentent de proposer à leurs élèves des méthodes d’apprentissage analytiques ou plus orientées vers la production audiovisuelle. Il ne s’agit pas tellement du résultat à atteindre, mais de l’apprentissage des mécanismes de production et de réalisation de l’image et du son.

Les jeunes qui veulent se préparer à une école audiovisuelle professionnelle, ne reçoivent pas l’occasion d’acquérir une expérience élémentaire de production audiovisuelle.

Pour tenter de combler cette lacune,  des coopérations entre des écoles supérieures de l’audiovisuel et des centres d’éducation aux médias ont été mis sur pied pour développer un cours national d’introduction et d’information sur les possibilités des écoles audiovisuelles et le travail dans l’industrie audiovisuelle.

Ce cours, qui existe depuis quelques années, aide les adolescents à se préparer aux études dans tous les domaines de la communication. L’expérience montre que la plupart des postulants aux écoles de cinéma et de télévision sont très peu familiarisés avec la production audiovisuelle ou/et la photographie.

Un problème supplémentaire est que la plupart des sollicitants suivent le cours pendant leur dernière année scolaire, ce qui laisse trop peu de temps pour développer, mesurer et orienter leurs talents.

Leur intérêt pour l’audiovisuel ne vient en général pas de leurs expérience personnelle et de leur travail expérimental, mais plutôt un regard passif sur le monde de l’audiovisuel: l’éclat de l’univers du cinéma et de la télévision les attire vers le monde de l’audiovisuel. Mais déterminer leurs vraies envies, talents et options personelles ne peut bien sûr se faire que par le biais d’un travail de production pratique des images et du son.

L’admission d’un élève dans une école de cinéma ou de télévision comprendra sans doute quelques difficultés, aussi bien pour les élèves postulants que pour les comités de sélection des écoles. La reconnaissance de talents réels est rendue très difficile, le matériel offert par ces jeunes cinéastes en herbe étant de faible quantité et qualité et ne montrant aucun progrès au cours d’un espace de temps réduit. A titre de comparaison avec les académies de musique, nous pourrions dire que c’est comme si les candidats à l’admission étaient jugés sur base d’une audition jouant au CHOP STICKS. Inutile de dire que les académies de musique qui se respectent opèrent de façon bien différente.

Les Européens ne doivent guère se faire d’illusions en comparant leur situation à celle des Etats-Unis. Au cours de ces dernières années, mené à partir des Pays-Bas, un projet d’échange de lettres-vidéos entre des écoles européennes et des écoles, notamment, aux Etats-Unis (Face to Face) nous a livré des enseignements. Les contacts avec des centaines d’écoles supérieures aux Etats-Unis ont montré que de nombreuses écoles y emploient la vidéo très activement dans leurs classes et offrent des cours spéciaux de communication à leurs élèves. L’orientation des curriculums scolaires vers une pédagogie des projets rend possible l’organisation de cette éducation. De plus leur culture est plus ouverte sur la communication par les nouvelles technologies: là-bas, des milliers d’enseignants et d’élèves entrent tous les jours en contact entre- eux par les réseaux e-mail; en revanche, les enseignants européens, quand ils savent ce que c’est le « e-mail », se servent à peine de leur potentiel.

Aux Etats-Unis, un nombre beaucoup plus grand d’adolescents mènent des expériences avec la communication audiovisuelle et y participent, à titre informel ou à l’école. Les élèves qui ont du talent seront découverts et encouragés (s’ils le veulent) à s’orienter dans cette voie. Ceci n’est absolument pas le cas en Europe, mais devrait l’être si l’on veut développer des millions d’emplois.

En vue de créer en Europe un sol fertile aux talents potentiels, d’où les élèves prometteurs peuvent s’engager dans la voie de l’audiovisuel, la branche « production audiovisuelle » dans l’enseignement, devrait avoir une place reconnue et soutenue financièrement dans le curriculum. En outre, davantage de projets audiovisuels et de communication devraient être développés, puisque les écoles ont déjà l’infrastructure, le public visé et (généralement) l’équipement requis.

C’est là quelque part, dans les écoles, que se trouvent les créateurs d’images et de son du siècle prochain. Leurs expériences doivent débuter maintenant, tant qu’ils sont jeunes, enthousiastes et formés pour l’avenir.

L’EDUCATION AUX MEDIAS ET L’INTEGRATION EUROPEENNE (A partir de l’exemple de la Communauté Flamande de Belgique)

Il ne s’agit pas seulement de convaincre les professionnels de l’industrie audiovisuelle de la nécessité de l’éducation aux médias en Europe, mais l’ensemble des générations adultes. Et pour cause, la culture audiovisuelle est moins la nôtre que celles des jeunes et des enfants.

Les enseignants font certainement encore partie des catégories de personnes à convaincre [3]. Par contre c’est sans doute la demande grandissante des jeunes eux-mêmes qui sera le déclencheur d’une vraie intégration de l’éducation aux médias dans l’école.

Pour promouvoir l’éducation aux médias en Communauté Flamande de Belgique divers projets d’envergure ont été menés ces dernières années, financés par la Fondation Roi Baudouin, le ministère de l’Education de la Communauté Flamande et les autres autorités compétentes.

Le dernier projet en date, financé par la Région de Bruxelles-Capitale, avait pour objectif principal de promouvoir la qualité de l’enseignement secondaire néerlandophone à Bruxelles.

Le projet retenu était un projet d’éducation au médias sous forme d’un concours de scénarios pour les élèves. C’est un centre d’éducation aux médias bruxellois qui a prit en charge l’organisation du concours.

Le thème choisi était « LA CULTURE ET L’EUROPE ». Le but recherché était de faire réfléchir les jeunes sur leur propre situation d’élève dans la capitale Européenne et les implications plus ou moins positives qui en découlent. Les élèves ont réalisé eux-mêmes le synopsis, le scénario et le story-board. Le résultat devait présenter un film de promotion et ne pouvait dépasser les 2 minutes.  Les enseignants étaient soutenus dans leur nouveau rôle de producteur par du matériel pédagogique, des exemples et quelques réunions avec et sans leurs élèves.

Le premier prix comprenait une formation pratique de cinq jours au langage audiovisuel pour les élèves de la classe gagnante et la réalisation par une équipe de professionnels du scénario gagnant. Les six autres prix étaient des places gratuites de cinéma pour tous les élèves de chaque classe primée.  Le jury était composé de professionnels de l’audiovisuel bien connus des jeunes élèves bruxellois (Stijn Coninx, Dominique Deruddere, Luckas Vander Taelen, Walter Verdin). Après la remise des prix les story-board réalisés par les élèves ont fait l’objet d’une exposition. Tout au long du concours, et après, la télévision régionale TV BRUSSEL a accompagné l’événement.

Le concours fut un grand succès. La moitié des écoles concernées ont participé. Plus de 60 scénarios ont été renvoyés au organisateurs. Les commanditaires ont estimé avoir atteint leurs objectifs par le biais du concours.

Pour conclure, une anecdote significative: dans la soixantaine de scénarios du concours, un petit nombre (5 à 6) parlent de la Commission européenne. Tous, sans exception, emploient comme symbole de l’Europe le bâtiment du Berlaymont à Bruxelles, ancien siège de la Commission, fermé depuis bientôt trois ans, pour cause de réfections. Le concours se terminait en mai 1994.

OPTIONS POUR L’AVENIR

  • prendre en considération le lien entre l’audiovisuel et l’enseignement,
  • approfondir la réflexion sur le rôle que la culture et l’éducation peuvent jouer dans le développement de l’industrie audiovisuelle européenne,
  • stimuler le dialogue et les projets entre la Commission européenne, les autorités nationales, régionales ou communautaires, les professionnels de l’audiovisuel et les éducateurs aux  médias audiovisuels,
  • mettre sur pied des actions de sensibilisation  pour les jeunes et les écoles de l’union Européenne,
  • trouver des mécanismes de soutien afin de faire progresser l’éducation aux médias par le biais des sources de financement de la production audiovisuelle (droits, recettes publicitaires, taxes sur supports d’enregistrement, pourcentage fixe des budgets promotionnels à destinations des oeuvres cinématographiques pour la réalisation de dossiers pédagogiques, aides des distributeurs, …),
  • augmenter l’accessibilité et la disponibilité des programmes audiovisuels, films, produits télévisuels et vidéo pour les enseignants,
  • soutenir par des aides structurelles de la Commission de l’Union Européenne la coordination et la diffusion transfrontalière et européenne de l’éducation aux médias audiovisuels,
  • stimuler les autorités nationales, régionales et communautaires de la culture et de l’éducation à une politique d’action et de développement de projets à dimension européenne (coproductions, distribution, applications des nouvelles technologies, …),
  • stimuler et soutenir les chaînes de télévisions publiques à la coproduction de programmes éducatifs et de loisirs avec les éducateurs aux médias,
  • promouvoir l’intégration européenne par le biais du développement de la culture audiovisuelle des jeunes.

CONCLUSIONS

Si nous voulons réellement envisager ensemble la construction d’un espace audiovisuel européen à l’aube du siècle prochain, il faudra oser replacer l’audiovisuel dans son contexte global et donc social, au-delà des seuls intérêts économiques. C’est  en effet un débat de société qui soustend les décisions et les options qui seront développées lors de la conférence européenne de l’audiovisuel à Bruxelles du 30 juin au 2 juillet 1994.

Les grand mouvements sociaux semblent annoncer une redéfinition du rôle de l’Etat, du service public et de l’enseignement dans les pays de l’Union Européenne. L’audiovisuel y jouera un rôle prédominant.

Jusqu’à ce jour nous regrettons que la Commission n’ait pas été plus attentive à nos propositions,  qu’il s’agisse du développement de l’éducation aux médias en Europe ou de l’élargissement du processus d’intégration européenne du grand public.

Notre espoir est de voir naître un vrai dialogue fructueux entre tous les acteurs présents aujourd’hui.

Le véritable espoir pour tous se trouve aujourd’hui chez les jeunes et les enfants. Ils ont déjà commencé leur révolution culturelle qui est largement audiovisuelle.

Bruxelles, juin 1994

AEEMA

Centre de Documentation

Rue du Midi 162

1000 BRUXELLES

BELGIQUE

Tél. & Fax: 32 2 502 06 43


[1] Le projet est à l’époque le seul projet européen de la Commission qui trouve son origine en Communauté flamande de Belgique.

[2] Il faut faire une fois pour toutes la distinction entre « la télévision comme outil pédagogique », l’éducation par les médias audiovisuels d’une part et  « l’éducation aux médias audiovisuels » d’autre part (On peut se poser la question si l’échec relatif de la télévision scolaire dans ses objectifs pédagogiques ne trouve pas une origine dans l’absence de « l’éducation aux médias »).

[3] Voir l’étude des audiences de l’éducation aux médias (Commission 3) dans les Actes de Bad Marienberg « Les perspectives de l’éducation aux médias audiovisuels à la lumière des changements en Europe de l’Est », AEEMA, 1992.

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